Confession intime d’une jeune auteur en devenir

J’ai écrit ce texte en 2011. Bien avant l’écriture de « Chathérapie », bien avant d’avoir une idée précise de ce que j’avais envie d’écrire. Depuis, beaucoup de choses ont changé, et je suis très satisfaite de le constater!

J’ai gardé ce texte bien caché, pensant qu’il pourrait apparaitre dans un prochain roman. Finalement, je pense qu’il a sa place ici, sur ce blog. Une bonne manière de vous livrer quelques bouts de moi supplémentaires… Bon voyage dans mon passé :-)


L’envie d’écrire. N’importe quoi. Mais quelque chose qui pourra être lu, enfin. Une histoire qui donne envie de s’y plonger dedans et ne plus la lâcher. J’écris depuis toujours, mais seulement pour moi. Cet espèce de journal intime permanent qui me fait du bien. Qui me libère de tout ce que je ne peux pas dire ailleurs. C’est le seul qui m’écoute vraiment, sans me juger. Finalement le seul qui me conseille vraiment, puisqu’il m’aide à faire un miroir avec moi-même. Mais ces mots-là, qui les comprendrait vraiment, à part moi? Aucun intérêt à les publier.

Non, ce que je voudrais, c’est écrire des mots qui toucheront directement l’âme des lecteurs. Rien que ça! Et pourtant ça existe! J’ai moi-même pleuré en lisant des mots, ces petites lettres alignées qui ne vous préviennent pas du pouvoir qu’elles détiennent, de la force qu’elles tiennent là, sagement enfermée dans leurs courbes innocentes.

Innocentes... pas tant que ça! Une fausse pudeur oui, car dès qu’on commence à les relier, ces lettres déploient tout leur stratagème de séduction, elles vous appellent encore et encore, telles des sirènes, et n’en finissent plus de vous déverser toute leur puissance.

Elles sont tellement fortes que je sens leur énergie cachée dans mon crayon, et il m’est impossible de démarrer un quelconque écrit. Paralysée avant même de les aligner face à moi. Elles en deviennent une énigme.

Ces simples lettres alignées sont semblables à un séisme qui provoquerait chez son lecteur un tsunami d’émotions. Et qui me fait vivre la panne de l’écrivain, avant même d’en être un! Comment expliquer cela?

Alors je lis. Pour me familiariser avec elles. Avec leur langage, leur énergie. Une boulimie frénétique de phrases, d’histoires en tous genres, pour bien les connaître, savoir quelles formes elles prennent. Ne pas être prise au dépourvu. Apprendre à gérer ce flot d’émotions qu’elles peuvent faire surgir.

Un mélange de peur, d’intrigue et d’attraction.

Avaler des tonnes de lettres, des kilos de phrases, les assimiler lentement, pour que chaque cellule de mon corps bénéficie de cette énergie et se familiarise avec elles. Ces simples lettres...

Jusqu’au jour où, enfin, je saurai les apprivoiser, les utiliser. Ne plus avoir peur. Et créer mon histoire à moi. Celle que personne d’autre n’aura imaginée. Celle que j’arriverai à raconter avec ces lettres, ces mots, cette énergie que je souhaite donner, transmettre, partager. Pour que d’autres vibrent à leur tour. Grâce à quelques courbes. Ambitieux? Prétentieux? Certainement. Courageux? On verra bien!

Comment ne pas mettre une part de soi dans ce que l’on écrit? Impossible.

Toute cette énergie part forcément de soi.

L’épicentre du séisme se trouve en moi. Uniquement.

Dans toute histoire on retrouve un bout de son auteur. La manière dont il a déjà assimilé cette énergie. La façon de donner ce mouvement. Fluide, ou hachuré. C’est la vie qui circule.

Finalement, écrire, c’est comme la cuisine. Pour faire un bon plat, on a besoin de connaître des bases techniques, et d’avoir des idées de recettes existantes. Mais cela ne suffit pas. La véritable alchimie se passe grâce à la qualité des ingrédients utilisés, la façon de les accommoder. Les proportions. Le temps de cuisson. Et surtout, la petite touche personnelle. Celle qui fait dire à vos amis «j’adore TA mousse au chocolat! C’est quoi ton truc?»

On ne prépare pas un bon ragoût de la même façon qu’un bifteck grillé! Un bon plat est lentement mijoté, testé, avant de rendre tout son effet dans l’explosion des saveurs. Et c’est bien là tout mon dilemme : je voudrais déjà savourer un repas gastronomique que j’aurais confectionné dans son intégralité, dont j’aurais imaginé le menu. Mais je me donne à peine le temps et l’énergie de préparer un carpaccio! La mayonnaise ne peut pas prendre, et je reste sur ma faim. Je me contente de petits snacks, ces quelques écrits que je jette en vrac, de ci de là.

Mais le vrai festin, MON festin... j’en ai à peine l’idée du menu! Et j’ai beau m’inspirer des recettes existantes, elles ont un goût de réchauffé, un air de déjà vu qui ne m’inspire guère.

Et pourtant, tout mon Être me le réclame ce festin, pas seulement mes papilles. C’est pourquoi, en attendant, je me délecte tant du menu des autres, je me boulimise de ces tonnes de papiers où les écrits me font vibrer, voire carrément exister. Un gavage qui ne me provoque aucune indigestion, au contraire! Une lente addiction s’est installée, et dont le sevrage ne passera que par la création. Le chemin inverse. Vomir les mots? Pour qui? Pour dire quoi? Si seulement je savais...

La perversité cachée derrière cette boulimie, c’est cet éternel sentiment de comparaison qu’elle provoque en moi. Savourer le festin des autres me réveille cette petite voix qui me dit «Tu veux créer quelque chose de nouveau, d’unique? Il va falloir t’accrocher ma vieille, ne rêve pas! Tu as vu tout ce qui existe déjà?».

Et cette idiote m’empêche alors d’essayer... Alors je n’écris que pour moi, dans mon coin. Personne ne le lira. On écrit pour les autres quand on a quelque chose à transmettre.  Quelque chose d’intéressant à dire, ou à raconter. Qui va me lire?

Mais cette obsession permanente... j’en fais quoi?

Je reste paralysée devant mes cahiers vides? Ou je m’autorise à commencer.

Avant de faire un festin, je peux créer un amuse-bouche, ce sera un bon début!

Avec plusieurs amuse-gueules, j’aurai déjà fini l’apéritif. Petit à petit, je l’aurai bien terminé mon repas de gala, et je ne m’en serai même pas rendue compte! Si seulement c’est ainsi que cela fonctionnait…

Après tout, chacun sa recette de cuisine. L’originalité cela commence ainsi!


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