Mon parcours avec les mots

*1987-1988(?). J’ai 7 ans. J’écris une jolie rédaction pour raconter mon week-end, comme la maitresse l’a demandé. Mais je n’ai pas le droit de raconter ce qu’il s’est passé ce jour-là, je dois me taire, cacher les mots. Ils sont pris en otage par celle qui est censée me protéger. Tant pis. Je vais étudier les chiffres. Apparemment, j’ai le droit de les utiliser, eux.


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*1998. Bac scientifique en poche, je pars faire des études en diététique. La littérature et les mots n’ont pas fait partie de mon parcours scolaire. Et pourtant… ils dorment quelque part en moi.


*1999. Je découvre les livres de Bernard Werber : ses histoires sonnent comme une évidence pour moi, ses mots racontent une réalité que je connais déjà sans l’avoir vécue. Je dévore tous ses livres, et continuerai de suivre ses publications au fil des ans.


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*fin 2002. Je flâne dans une librairie avec un ami. Sans me dire un mot, il pose deux livres dans mes mains : je dois repartir avec eux, me dit-il.

« L’Alchimiste » de Paolo Coelho.

« Harry Potter » de J.K. Rowling.

Oui, je lis un livre pour « enfants » à 22 ans! Et alors? Je suis tellement captivée par cette saga que je me procure les tomes suivants, j’en lirai même deux en anglais, trop impatiente d’attendre la sortie des derniers tomes en France!

Ces deux livres vont réveiller en moi une envie viscérale d’écrire. Je découvre qu’une graine d’écrivain est enfouie au fond de mon coeur… je l’ignorais.


*février 2003. Je rêve… Je suis assise dans un café à Edimbourg. Ce n’est pas n’importe quel café : c’est ici qu’est venue J.K. Rowling pour écrire « Harry Potter ». C’est CE café qui lui a soufflé les bons mots, ceux que des millions de lecteurs ont lu à travers le monde. Je plane… j’aimerais tellement vivre le même succès avec mes livres! Mais je redescends sur Terre : je n’ai écrit aucun livre! D’ailleurs, comment pourrais-je écrire un roman, moi qui n’ai aucune formation littéraire?

Je vais donc travailler dans mon métier, scientifique, qui me permettra de remplir mon frigo et de payer mon loyer. C’est ma priorité.


***


*2007. Je commence à écrire quelques billets d’humeur au sujet de la nutrition sur un blog, certainement entraînée par un besoin de m’exprimer sur les sujets qui me font réagir. Et peut-être même l’envie de transmettre un peu de mon esprit critique... car dans le milieu de la nutrition, on entend tout et son contraire : pas toujours facile de s’y retrouver. Le jargon scientifique n’est pas toujours explicite : j’aime le rendre accessible avec des mots simples. J’écris à mon rythme, au gré de mes inspirations, simplement guidée par mon feeling.


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*printemps 2011. Un charmant inconnu m’aborde dans un centre commercial à Marseille alors que je fais quelques emplettes. Il tient un stand pour promouvoir un club de livres. Je me laisse convaincre, après tout, j’aime lire! Il me conseille le dernier livre Katherine Pancol. Je ne sais pas qui c’est… « Comment? Vous ne connaissez pas cet auteur? Il faut vite la découvrir, vous allez forcément aimer! »

En effet, j’adore Katherine Pancol! Comment a-t-il deviné, ce charmant jeune homme? Et surtout, comment le remercier? Peut-être en le croisant à nouveau, quelques mois plus tard, dans un autre centre commercial… à Avignon! Parfois, le hasard fait bien les choses!

Merci Monsieur Charmant de m’avoir fait connaitre Katherine Pancol. Vous devriez lire « L’Alchimiste », vous connaissez?

Grâce à mon nouvel abonnement, je lis… je lis… je lis… les mots des autres. Les miens attendent.


*mai 2012. Je vois une annonce juste en bas de chez moi, en allant chercher mon pain : « Vous êtes un jeune auteur et n’avez jamais été publié? Les Editions Au Verso organisent un concours de roman. Rendez votre manuscrit avant fin septembre ». C’est un signe, un très gros signe. La vie me pousse à concrétiser mon rêve, c’est impossible de passer à côté! J’ai à peine cinq mois pour rendre un manuscrit… et je n’ai écrit aucune ligne! Le challenge est grand : suis-je vraiment capable d’écrire une histoire?

Lorsque le mental réfléchit trop, il faut écouter son coeur… C’est là que j’y cueille l’idée de mon roman, comme une évidence. Je viens de découvrir que mon chat Casper n’est pas celui que je croyais, son histoire ressemble à la mienne, ce n’est pas un hasard. Je vais raconter son histoire! Enfin… MON histoire…

J’entends immédiatement la petite voix intérieure idiote qui me dit : "Mais qui va s'intéresser à cette histoire?" Tais-toi la voix. J'ai un roman à écrire. Son titre est une évidence, les mots sont fluides, et malgré les doutes qui m’assaillent, je garde le cap.


*Eté 2012. En flânant dans une librairie, je rencontre une couverture qui m’interpelle : un chat avec un bonnet péruvien? Gilles Legardinier est un auteur peu connu. Son roman « Demain j’arrête! » n’est pas encore le best-seller qu’on lui connait aujourd’hui.

Je lis son roman en même temps que j’écris mon histoire. Cet auteur réveille en moi des émotions contraires. Il me fascine. Ses mots me touchent au plus profond de mon être, comment fait-il? Mais il m’agace! Il écrit exactement comme je rêve de le faire moi-même, jamais je ne pourrai en faire de même.

La curiosité me pousse à naviguer sur son site internet. L’audace me pousse à lui envoyer un message. Pour le remercier. Car au milieu de tout ce que j’ai ressenti en lisant son roman, c’est la seule chose que j’ai envie de lui dire : merci de l’avoir écrit. Merci de nous faire voyager dans votre univers. Peut-être qu’un jour quelqu’un me le dira, à moi aussi… mais à ce moment précis, je n’y pense même pas. Dans mon message, je lui parle de mon projet d’écriture un peu fou, du manuscrit que je suis en train de terminer à la dernière minute, de mes doutes, un peu trop nombreux…

Et là, surprise : il me répond! Qui est donc cet auteur qui prend le temps de lire les messages de ses lecteurs, et surtout d’y répondre? Sa réponse, aussi spontanée que sincère, me touche bien davantage que son roman, car elle n’est adressée qu’à moi. Il m’encourage à ne jamais abandonner mes rêves.

Promis, Gilles, je n’abandonnerai pas.


*Septembre 2012. J’ai réussi mon défi : je participe au concours avec mon manuscrit. « Chathérapie » est né en 5 mois à peine. Malheureusement, la réponse du concours est négative, mais les réactions de mes premiers lecteurs sont très positives. J’ai du mal à y croire… Je me laisse un peu de temps avant de prendre la décision de faire publier mon roman. Une publication à compte d’auteur, ce n’est pas gratuit : j’ai besoin d’être sûre de moi. Et lorsque ce sera le cas, je n’aurai qu’un mot à dire. Go!


*5 Octobre 2013. « Chathérapie » est publié. Mon rêve est donc devenu réalité, je le tiens dans les mains. J’écris un nouveau message à mon auteur chouchou, Gilles Legardinier, pour lui annoncer la bonne nouvelle : ce soir, c’est le grand soir! Je suis en pleine ébullition, heureuse de partager l’affiche de mon lancement avec l’auteur qui m’a déjà tant inspirée.

Ma soirée de dédicace est une réussite, je suis entourée de nombreux amis … et de la pensée de Gilles Legardinier qui m’a répondue pour me féliciter!!

Tous ces cadeaux arrivent la veille de mon anniversaire : je plane.

Mes mots sont enfin dévoilés au grand jour, mes premiers lecteurs peuvent enfin voyager dans mon univers.


*15 Novembre 2013. Gilles Legardinier en dédicace dans la région? Je ne raterais l’occasion pour rien au monde. Même si ce jour-là je ne suis pas au top de ma forme, je pars le rejoindre dans cette librairie pour me faire dédicacer son dernier roman, « Et soudain tout change ». Et lui offrir le mien, en prime. J’en profite pour faire la minute « groupie » avec la photo qui va bien, et je continue de planer sur mon petit nuage! Il me promet de lire mon livre, mais me demande d’être patiente… son emploi du temps est bien rempli. Que nenni!! Il dévorera mon livre dans le train du retour, et me le fera savoir moins d’une semaine après notre rencontre.

Il a aimé!! Mes mots l’ont touché!

Sérieusement?

Si vous me cherchez, je suis au pays des Bisounours… à ce moment-là, plus rien ne peut m’atteindre.


*Mars 2014. Visite du Salon du Livre à Paris. Je n’hésite pas à passer des heures dans les files d’attente pour rencontrer quelques-uns de mes auteurs favoris et faire la minute groupie avec eux : dédicace de leur livre, et photo à leurs côtés, bien sûr. Au programme : Katherine Pancol, Romain Puertolas, et Anna Gavalda. Je leur parle de mon livre, j’aimerais tant que ces auteurs que j’admire lisent mes mots, un jour…

J’observe de loin la file d’attente pour le stand de Gilles Legardinier et celui de Bernard Werber : trop de monde, je ne pourrai pas tous les voir ce week-end.

Tant pis, je repars des étoiles plein le coeur avec la plus jolie dédicace d’Anna Gavalda, qui signe « une collègue » juste à côté de son nom. Dingue!


*Mai 2014 : Katherine Pancol en dédicace dans la région? Je suis présente, bien sûr. Ses premiers mots en entrant dans la librairie et en voyant la file d’attente de ses lecteurs sont « Oh la la !! », les yeux remplis d’étonnement.

Je patiente sereinement, mon livre à la main, pour l’offrir à cette femme que j’admire tant, après avoir fait dédicacer deux de ses romans, bien sûr.

Et dire que je ne la connaissais pas il y a trois ans… impossible à concevoir aujourd’hui!


*fin 2014. Cette année, j’ai participé à quelques dédicaces de-ci de-là, mais j’ai découvre la réalité de la vie d’auteur. Écrire, être publié : ça ne suffit pas pour avoir du succès. L’engouement de mes débuts s’essouffle vite, ma maison d’éditions n’est pas sérieuse. Les maigres ventes ne m’ont même pas permis de me rembourser. Je ressens comme un gros « flop » six mois après la publication de mon livre, un sentiment de vacuité qui se rajoute à une santé en déclin. Les doutes reviennent, et les priorités de vie reprennent le dessus. Écrire ne remplit toujours pas mon frigo. Je suis fatiguée, ma santé passe avant tout.

Cette année-là, Gilles Legardinier sort son dernier roman « Ça peut pas rater ». Fidèle au rendez-vous, je lis. Mais je n’écris plus à son auteur. Je n’écris plus pour moi non plus, d’ailleurs. Les mots sont repartis en hibernation.

Tant pis pour mes rêves, ils attendront.

*été 2015. Trois ans après l’écriture de « Chathérapie », la plume m’appelle comme une évidence. Je reconnais cette sensation, je l’ai déjà vécue. Mon drôle de chat (Casper) est sorti de ma vie : je dois raconter la fin de cette histoire. Je replonge dans les mots et écris « Nelson aime colorier les mandalas » en trois mois seulement. Mais cette fois, je ne le ferai pas éditer en version papier dans ma maison d’éditions : je n’ai toujours pas récupéré mon investissement initial, et je ne veux plus payer pour avoir le droit de vivre mon rêve.

Je commence donc par une publication en numérique. Le sentiment de vacuité persiste, puisque personne ne lit la suite de mes aventures félines. Mes rares lecteurs réclament une version papier.

Je ne sais pas comment faire, et je suis encore trop fatiguée pour trouver une solution.


*été 2016. Je mets fin à mon contrat avec les éditions Au Verso. Après quelques recherches, je trouve une formule qui me convient pour la publication de mon roman : l’auto-édition via la plate-forme Bookelis. Je peux ainsi réunir mes deux histoires en un seul livre, j’ai enfin la sensation que mon projet d’écriture devient cohérent et totalement à mon image. Indépendante, comme les chats!


*10 août 2016 : Lorsque je crois que la saga féline est terminé, la vie me ramène sur le chemin de mon destin. Un nouveau chat débarque dans ma vie et me prévient : la saga n’est pas terminée! Prépare-toi… il y aura une suite! Et zut… D’accord Vénus, tu me souffleras tes mots et on écrira ton histoire. Enfin… MON histoire. Encore. Apparemment, je n’ai pas tout dit dans les deux premiers tomes.


*Octobre 2016 : « Chathérapie & Nelson aime colorier les mandalas » existe enfin dans sa nouvelle version papier. Mon livre n’est imprimé qu’à la demande, et on peut le commander facilement. Tout semble aller pour le mieux.


*Printemps 2017 : le succès n’est toujours pas celui que j’espère tant, car pour cela, il faut communiquer. Or, cela prend du temps, et ça ne rapporte rien. Lorsque j’écris, je vis dans un total bénévolat, je passe des heures de solitude, non rémunérées, je creuse mes dettes. Alors je consacre mon temps à des activités plus lucratives, pour remplir mon frigo. Je n’ai guère le choix.

Je suis rongée par une question lancinante : « que vaut un auteur qui n’est ni connu ni lu? ». Comment ai-je d’ailleurs la prétention d’oser me considérer comme un auteur?

« Reste à ta place », me souffle la voix idiote. La même qui revient à chaque fois.

Insidieusement, je sens mon rêve s’éloigner de moi, s’évaporer jusqu’à devenir un vague souvenir.

En prime, cela fait deux romans de Gilles Legardinier dont je rate la sortie. Suis-je devenue infidèle à cet auteur que j’admire tant?

J’ai une autre explication… Ses romans réveillent en moi des émotions tellement fortes, une profonde rage d’écrire, que je n’ai tout simplement pas la force de m’y confronter. Ses mots me touchent trop, et je me sens si faible. Ma santé (physique et psychique) est encore vacillante.

Donc je ne lis plus.


*été 2017. Je commence enfin l’écriture de cette suite qui se déroule sous mes yeux depuis un an. Encore une fois, les mots m’appellent. Le feu est présent, je brûle de l’intérieur. La rage d’écrire est revenue. Les mots me submergent, et je les pose à plat avant qu’ils ne me calcinent complètement.

Je connais le titre, la structure, les chapitres, et je remplis ce que j’estime être la moitié du contenu. Si ça se trouve, ce n’est même pas le quart… vu tout ce que j’ai enterré depuis trente ans. Oui, trente ans de mots enfouis qui m’éclatent en plein visage, et une fois encore, c’est un simple « Miaou » qui vient les faire émerger, ces enclumes que je n’ai plus envie de porter.

J’ignore tout : pourquoi ce titre? Quelle sera la fin? Et surtout : QUAND se terminera cet opus? Je me laisse simplement porter, je n’écris que lorsque l’inspiration se présente à moi, c’est-à-dire de moins en moins souvent.


*Printemps 2018. « Une fois dans ma vie ». Le dernier roman de Gilles Legardinier me nargue tous les soirs sur ma table de chevet. « Alors, on ne veut plus me lire? Qu’est-ce que tu attends pour t’y remettre, pour vivre ton rêve? »

Tais-toi le livre, j’ai assez à gérer avec ma petite voix idiote. J’ai besoin d’écrire, mais c’est trop dur. Cette histoire est trop personnelle, Vénus a trop de choses à raconter, je ne pourrai jamais tout dire… et pour quoi faire? Hein? Quelqu’un peut me répondre? Pourquoi passer encore des heures et des heures seule face à mon écran, pour écrire cette histoire qui me fait encore si mal? Pour qui? Qu’est-ce que j’y gagne? Je suis fatiguée, et je n’y crois plus.

Je viens de lancer un appel au secours pour trouver 100 lecteurs afin de financer une opération de santé pour Vénus. 100 lecteurs, ce n’est pas la mer à boire, ce n’est pas un Goncourt ou un prix Fémina. Mais même ça, ça fait un flop. Je continue de creuser mes dettes en perdant du temps dans un projet qui ne me rapporte rien. À peine la satisfaction d’avoir au moins essayé.

Je suis fatiguée.

Autant lire, puisque je n’arrive plus à écrire. Et comme ça, ce satané bouquin arrêtera de me toiser du haut de ses 410 pages joliment éditées.


*22 avril 2018. Je referme le roman avec la même émotion que les précédents du même auteur. J’avais oublié que Gilles Legardinier est capable - par je ne sais quel miracle! - de réveiller ma rage d’écrire. Il est mon phare au milieu du brouillard, même quand il n’écrit pas que pour moi. Quelques mots suffisent à rallumer la flamme en moi, celle que j’ai cherché à enfouir mais que je ne pourrai jamais fuir, puisque telle est ma voie.

Je découvre une nouvelle petite voix qui émerge, celle qui me souffle que de nombreuses personnes ont besoin de mes mots. Toutes ces personnes qui ont vécu des drames similaires aux miens. J’ai survécu, j’ai trouvé la force de m’en sortir… peut-être serai-je moi-même un phare pour ces individus? Comme Gilles Legardinier l’a été pour moi.


*été 2018. Je replonge au milieu de mes mots qui n’attendent que moi pour être rangés à leur place. L’écriture du tome 3 avance bien, j’ai écrit (en nombre de mots) l’équivalent du tome 1 et 2 réunis. Mais cet opus est loin d’être terminé… il reste encore tant à écrire (je ne connais toujours pas la fin!), puis il y aura la relecture, la mise en page, la publication, la communication… Tout ce travail invisible qui ne remplit toujours pas mon frigo.



Et aujourd’hui?

Mon ancien blog n’existe plus. Ce nouveau blog est un moyen formidable de me retrouver, de me recentrer autour de ce qui m’anime vraiment, de continuer de croire en mon rêve.

Un jour, mes livres seront dans toutes les librairies, et mes mots viendront toucher des milliers de coeurs.

Comptez sur moi, vous n’avez pas fini d’entendre parler de moi!

Laissez-moi juste un peu de temps…


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